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Artist Statement
In my work, the human body – the figure – is the main element that I manipulate and transform/transfigure, using the figure symbolically and metaphorically. My visual research centers upon the way in which the figure and figurative elements come into being, their makeup and construction. Within this framework, I frequently express myself through the female figure, erotic in nature.

Working simultaneously in three mediums: oils, collage and drawing, my current studio work naturally divides itself into more than a half a dozen series, some begun over twenty years ago. As French curator Pascal Thevenet writes, “Lisa Salamandra is resolutely a painter. She produces by series of ten, forty, one hundred, but none of her paintings resemble one another. The series is only the alibi which structures her desire to paint and organizes her eclecticism. Yet one can detect veins, trends, in this profuse oeuvre.”

On the whole, my artwork deals with the expression of my true innermost self. I can explain the creative act as being the purest form – the only veritable link to – this type of expression. This is a fact, a lived experience, as well as a realization. Through painting, a place devoid of self-censorship has been created – by need, by conviction, by desire… and it is in this unique “place” in my life, where the imagery born from my hand, awakens, permits discovery, and troubles… The troubling nature of my images has always been – is always – viewed as revealing. It shows me, it reveals, that a limit has been surpassed, that an unveiling has taken place. In this way, I appropriate French philosopher Georges Bataille’s metaphor of the “broken chrysalis,” when he explains – with goals that are complicated and anthropological, whereas mine are personal – that “man’s interior experience occurs the instant, when breaking out of the chrysalis, he becomes conscious of his own tearing.”[1] My tearing of self is that given moment when I realize that which has materialized itself on the surface before me, when my images reveal themselves to me: the 'figurative' linking, interacting, overlapping, responsive to the ‘conceptual’. My cosa mentale never expresses itself so purely, so void of all artifice, so directly, as it does within the images born from my own hand. My creative process is akin to a tearing of self because it is one that never seeks to impose, but represents, rather, my obstinate will to discover through the painting process itself.

May 2020

1. Georges Bataille, L'Érotisme, Œuvres complètes X, (trans. Lisa Salamandra), Paris, éditions Gallimard, Coll. NRF, 1987, p. 42.

Démarche artistique
Toute la mise en œuvre de l’érotisme a pour fin d’atteindre l’être au plus intime, au point où le cœur manque. [1]
- Georges Bataille

Dans mon travail, le corps, la figure, est l’élément primordial que je manipule, que je détourne, que je transfigure et que j’utilise de manière symbolique et métaphorique. Ma recherche se centre sur le mode d’apparition de la figure, sa facture picturale, et son détournement. Dans cette optique je m’exprime le plus souvent à travers un corps féminin et érotique.

Travaillant simultanément avec trois médiums : la peinture à l’huile, le dessin, et le collage, mes œuvres achevées en atelier se répartissent naturellement à travers une demi-douzaine de séries, certaines débutées il y a plus de vingt ans. Comme l’écrit le commissaire d’exposition Pascal Thevenet, « Lisa Salamandra est peintre, résolument peintre. Elle produit par série de 10, 40, 100 mais aucune de ses peintures ne se ressemblent. La série est juste l’alibi qui structure son envie de peindre et qui organise son éclectisme. Il est toutefois possible de déceler quelques orientations dans cette œuvre profuse. »

La quasi-totalité de mon travail s’articule autour de l’expression de l’intime. Je ressens de façon certaine que la notion du « dévoilement », d’« ouverture » (notions qui sont la mise en œuvre de ce thème) est la raison d’être d’une grande partie de mon travail d’artiste peintre. Ces notions dans leur finalité semblent mener de façon univoque vers « l’intime ». La grande difficulté que j’éprouve à mettre des mots sur mon rapport à l’intime est l’une des raisons pour laquelle il est en grande partie la raison d’être de ma peinture (comme c’est logique !). Néanmoins je peux l’expliquer par mon rapport le plus pur à mon intime qui se trouve au sein de l’acte créatif et uniquement par son biais. C’est un fait, un vécu, une évidence rendue… Grâce à la peinture, un lieu de non-autocensure a été créé (par besoin, par conviction, par désir…) et c’est dans ce « lieu » unique de ma vie où naisse de ma main une imagerie qui m’éveille, qui me permet de découvrir, qui me trouble… Ce trouble m’a toujours été (m’est toujours) révélateur. Il me démontre, me révèle (me rend sensible), qu’une limite a été brisé, qu’un dévoilement a (eu) lieu. Dans ce sens, je m’approprie comme métaphore « la chrysalide brisante » de Georges Bataille lorsqu’il explique – pour des fins maintes fois plus compliquées et anthropologiques, tandis que les miennes y sont personnelles – sur « L’expérience intérieure de l’homme [qui] est donnée dans l’instant où, brisant la chrysalide, il a conscience de se déchirer lui-même ».[2] Mon déchireur est ce moment donné de ma prise de conscience devant ce qui s’est matérialisé sur le support, lorsque mes images me se révèlent (le figuratif se liant, se chevauchant, se répondant avec le conceptuel). Ma cosa mentale ne s’exprime aussi purement – aussi dépouillée de tout artifice, aussi directement, crûment, qu’il m’est possible – qu’au sein des images qui naissent de ma main. Le (mon) processus est déchirant parce qu’il ne cherche jamais à imposer mais plutôt à être l’incarnation de ma volonté obstinée de découvrir à travers le processus-même. Dans ce sens, je peux me réapproprier la phrase de Georges Bataille ci-dessus, en la détournant : Toute la mise en œuvre de mon art a pour but d’atteindre mon être au plus intime.

Mai 2020

1. Georges Bataille, L'Érotisme, Œuvres complètes X, Paris, éditions Gallimard, Coll. NRF, 1987, p. 23.
2. Ibid., p. 42.